La trace des pas de l’invisible

mardi 7 mai 2013

Conception I Alidou Yanogo
Danse I Alidou Yanogo, Julie Mater Said, Joseph Sanou, Dominique Rey
Musique I Sankoum Cissoko et Gofefo Konaté, sous la direction d’Andres Garcia
Une production de la compagnie Donsen
www.donsendonsen.com
Soutiens : Ville de Genève, Artlink, Fondation Göhner et SIG
Fouiller dans la mémoire du corps

Traverser les frontières et parler de notre quotidien
Au tout départ, c’est l’histoire du petit Alidou qui regarde sa tante danser
et parcourir les rues de son village. Tout autour, des gens rient. Le petit garçon ne reconnaît pas sa tante qu’il a toujours admirée pour ses riches et belles robes de basin.
Aujourd’hui qu’elle traverse le village et qu’elle danse, elle est habillée de hardes. Les griots la poursuivent de leurs chants et les tamas résonnent aux oreilles de l’enfant qui ne comprend rien à toute cette agitation.
Au passage de la femme vêtue de guenilles, les vieux sourient, opinent du chef, et si le petit garçon ne sait pas pourquoi sa tante se donne en spectacle, eux, le savent. Ils savent que cette femme qui danse a fait un serment, que ce serment l’engage envers l’esprit qu’elle a invoqué alors qu’elle était stérile et que, maintenant qu’elle vient d’enfanter, elle s’acquitte de sa promesse. Et si la femme ne dansait pas, l’esprit se vengerait.
Aujourd’hui que l’enfant est devenu grand, il sait que sa tante dansait le Marbayassa. La danse du Dieu consolateur des grandes peines, le Dieu du rire et de la joie.
Aujourd’hui qu’Alidou est devenu danseur, il fouille dans la mémoire de son corps pour retrouver les gestes, les poses, les contorsions, les grâces du Marbayassa. Puisqu’il s’agit de danse contemporaine, il y a une gageure dans ce projet qui prend pour point d’appui la danse traditionnelle… et cela d’autant plus que cette danse elle-même tend à disparaître.
Le Marbayassa, s’il est un rituel, l’est aussi à la manière de nos carnavals où les fous et les bouffons renversent l’ordre (ce qu’indiquent les guenilles que portaient la tante d’Alidou). Ce qui se donne à voir dans le Marbayassa d’Alidou, ce sont des thèmes universels et très contemporains : un cortège grimaçant de pauvres qui rient de voir les riches si tristes en leur miroir. Un monde où le sacré aurait déserté et où l’homme, face au vide, n’aurait plus qu’à s’inventer des dieux de papier-monnaie.
Des gouvernants qui tremblent devant des agences de notation devenues les Parques modernes auxquelles il faudrait rendre le sacrifice de l’austérité…
Un Marbayassa qui traverse les frontières des continents et des conventions culturelles pour parler de notre quotidien

La trace des pas de l’invisible
DU MARDI 7 AU DIMANCHE 19 MAI
du mardi au samedi à 20h, dimanche à 18h
Création chorégraphique I Alidou Yanogo
Le rituel du Marbayassa revisité : une quête du sacré et du profane, de la tradition et de la contemporanéité
Durée : 50 minutes